Paris, capitale du Libre (2)

A la suite des échanges décrits dans la première partie, j’ai suivi les débats qui traitaient de E-administration Libre en Europe : succès et défis, avec la participation de représentants européens et français, notamment Henri SERRES, Directeur général des systèmes d’information et de communication au ministère de la défense (DGSIC), Jean-Séverin LAIR, Ingénieur en chef des télécommunications à la direction générale pour la modernisation de l’Etat (DGME – ministère de l’économie et des finances), Nadi BOU HANNA, directeur des systèmes d’information adjoint au ministère des affaires étrangères, Philippe KANONY, directeur d’Unilog.

Je relate ici les échanges en fonction des notes que j’ai prises…

En introduction, il est indiqué que les dépenses consacrées aux logiciels open source représentent 12 % du budget logiciel dans le secteur public contre 1 % du total destiné à l’informatique. Le secteur public est donc un pionnier en la matière. Mais la majorité des autorités publiques en Europe préfère travailler avec ce qui fonctionne plutôt qu’avec des logiciels compatibles avec les standards.

La réglementation relative aux marchés publics est parfois un obstacle à la promotion du logiciel libre, puisqu’il s’agit avant tout d’une mise en concurrence des entreprises et non de la recherche d’une solution « collaborative ». Le logiciel libre est à la limite de l’acquisition puisqu’on achète un service et non pas obligatoirement un produit.

Il n’y a pas forcément de lien direct entre l’interopérabilité recherchée par l’administration et la conformité aux standards. La puissance publique fait part de ses besoins et choisit ensuite la solution qui répond aux critères définis.

Le référentiel général d’interopérabilité (RGI) définit les règles imposées à l’administration pour garantir l’interopérabilité entre les acteurs et dans le temps.

Au ministère des affaires étrangères

20.000 personnes dans 180 pays exercent différents métiers (diplomatie, consulat et coopération) et doivent échanger des documents. 4 millions d’utilisateurs externes sont intéressés par ces informations.

Les objectifs visés tendent à faciliter les démarches des étrangers qui souhaitent se rendre en France, tout en maintenant le contrôle de l’immigration, accompagner les étudiants étrangers qui envisagent d’effectuer leurs études en France.

Le budget informatique est d’environ 80 millions d’euros par an, les licences des logiciels représentent 1,5 %. Le nombre de projets informatiques est en constante augmentation alors qu’il y a une volonté de réduire les coûts. Il faut donc rationnaliser le parc informatique et retenir des solutions globales. Qui dit mutualisation dit mise en place d’une communauté au sein de l’administration afin de réutiliser ce qui a déjà été réalisé par ailleurs. Il est également nécessaire de renforcer l’attractivité de l’administration pour les jeunes ingénieurs, et l’on peut remarquer que l’environnement communautaire du logiciel libre en est un élément.

Au ministère de la défense

La direction de la gendarmerie nationale (DGGN) a généralisé l’utilisation du logiciel libre. Les stratégies ministérielles de réforme ont d’ailleurs fortement incité à l’emploi des logiciels libres.

Le souci essentiel du ministère de la défense est d’assurer l’interopérabilité des systèmes, ce qui a pour conséquence de privilégier le parc existant et non les logiciels libres. Dans sa directive sur les logiciels, la DGSIC a donné sa préférence aux standards ouverts, qui permettent de mieux maîtriser les architectures, mais le choix des solutions ne peut être réalisé que dans le respect de la procédure des marchés publics. Il est à noter que si les agents du ministère disposent d’une machine dont le système d’exploitation est propriétaire, bien souvent, le backoffice est composé d’outils libres (les serveurs par exemple…). Ce qui rend plus visibles les efforts de la DGGN est l’emploi d’outils libres directement par les utilisateurs.

Au sein du ministère, il existe des groupes de standardisation, pour les annuaires ou les messageries.

La divulgation du code source peut parfois déboucher sur des problèmes de sécurité. Dans certains cas, il est précisé que le code n’est disponible que pour le ministère de la défense.

En Belgique

En Belgique, il n’y a pas de politique volontariste globale pour favoriser l’open source. L’intérêt de l’Etat est que les systèmes soient interopérables.

Le standard odf (open document – voir la première partie du compte-rendu ou la définition sur Wikipedia) a été adopté, tous les systèmes doivent être compatibles avec ce format ou disposer de plugins si nécessaire pour le devenir. Une politique favorisant l’open source permet de modifier les systèmes pour les adapter à l’environnement.

En 2010 la dématérialisation des marchés publics en Europe devrait être à l’oeuvre.

Le point de vue d’une entreprise

Le représentant d’Unilog pose la question de la plus value que représente l’open source. Quelle réutilisabilité ? quelle mutualisation ? Il note qu’en France, nous avons une culture très forte de la spécificité, de l’indépendance. L’existence de la DGME, du programme Adele témoignent de la volonté existant en France d’aller de l’avant. Si le B to B (Business to Business – échanges inter entreprises) s’effectue pour 50 % en ligne, si deux tiers des embauches passent par Internet, l’administration française témoigne de son engagement avec le programme changement d’adresse, la déclaration et le paiement de l’impôt, etc.

Mais d’autres pays sont plus en avance comme le Canada, la Scandinavie, le Danemark où certaines procédures d’échanges avec l’administration sont obligatoires.

L’open source est plutôt considéré sous son aspect technique plutôt que sur le plan de l’environnement métier. Par exemple, l’interaction entre les enseignants, les élèves, les parents sont davantage abordés sous l’angle technique que sous celui du travail collaboratif.

Pour conclure

Entre 50 % et 70 % des outils libres sont utilisés dans le public. Le principal levier sera le développement dans le secteur privé.

Le haut débit a permis une démocratisation des accès. Mais on est encore loin de la démocratisation du poste de travail. Dans un avenir assez proche, on devrait voir arriver un terminal nomade en open source.

 


Voir aussi :

 

15 juin 2007


Ecrit par Lise - Site
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